COVID-19 : Airbnb réagit à sa manière…

Airbnb fonds COVID

Souvenez-vous de ma lettre ouverte à Airbnb au sujet de la manière dont ce dernier a traité les hôtes durant les annulations en période de Coronavirus (avant et pendant). Airbnb n’a pas tardé à réagir car j’imagine que nous avons été beaucoup d’hôtes à leur faire part de notre incompréhension et colère à ce sujet. Voici donc en résumé, l’intervention de Brian Chesky, le fondateur et CEO d’Airbnb…

A l’heure où une ordonnance du Gouvernement sort dans le sens de ce que je concluais dans mon article (proposer un avoir), Airbnb campe sur sa position en proposant avoir OU remboursement intégral, privilégiant ainsi le remboursement intégral au voyageur qui, à coup sûr, optera pour la seconde option…

A côté de ça, Airbnb a prolongé l’application de sa politique de cas de force majeure pour les réservations effectuées avant le 14 mars et comprenant au moins une nuit d’ici le 31 mai ! Précédemment jusqu’au 14 avril. Or, Brian Chesky n’a JAMAIS parlé de ça durant son live vidéo. Nous l’avons tous découvert sur le site, dans le résumé des mesures prises par Airbnb, qui mettait surtout en avant ce qui les arrangeait !

Enfin, et c’est la seule note un poil positive de cette intervention de Brian Chesky, Airbnb assumera une infime partie de la perte des hôtes en prenant en charge 25% du montant que ces derniers auraient dû recevoir, dans le cadre de leurs conditions d’annulations habituelles. Pour les novices, cela signifie, au maximum, 25% de 50% de la réservation initiale. Concrètement, si vous étiez en conditions d’annulation flexibles, cela signifie que vous toucherez 0€… Au mieux, vous êtes en conditions strictes, ce qui est notre cas, et vous toucherez 25% de 50% imputés des frais, soit entre 10 et 13% du montant de la réservation initiale.

Il est donc clair que Airbnb, insistant fortement dans les médias sur le fait qu’ils mettent 250 millions de dollars sur la table pour les hôtes, essaie de rattraper un peu le coup mais se donne surtout une belle image auprès du grand public qui ne maitrise pas du tout le fonctionnement interne et les rapports voyageurs/hôtes/airbnb.

En tout cas, à l’heure où j’écris cet article, Airbnb n’a encore rien reversé. Nous attendons donc de voir concrètement ce que cela va donner… Avec eux, on peut s’attendre à tout ! Wait and see…

COVID-19 : Lettre ouverte à Airbnb

Airbnb, toi qui a une image plutôt friendly, permets-moi de te tutoyer. Tout le monde ici te connait, mais, avant d’aller plus loin, il est important de rappeler quelques chiffres sur tes activités en France.

En 2019, tu proposais plus de 600 000 logements partout sur le territoire. Si on estime une moyenne de 1,5 logements par personne (je n’ai pas cette stat), cela fait tout de même plus de 400 000 hôtes qui tirent un revenu plus ou moins régulier de ce type de location grâce à toi. Face de cette offre, 100% construite grâce à tes hôtes, tu as loué des nuitées à plus de 8 millions de voyageurs durant cette même année.

Airbnb, ta première réaction face au COVID-19 🦠

Ta première réaction, fin février, début mars, lorsque l’épidémie n’était pas encore très répandue en France a été de suggérer aux hôtes de pratiquer un remboursement intégral si les voyageurs venaient de pays touchés (Italie, Chine principalement) mais, aussi, si le motif était directement ou indirectement lié au Coronavirus de manière générale…

Un voyageur pouvait donc annuler le jour-même pour sa venue le lendemain et toi, Airbnb, nous suggérais à nous, les hôtes, de le rembourser intégralement en laissant ces nuitées complètement vides et sans grande chance de pouvoir relouer derrière vu le timing…

La cerise sur la gâteau ! 🍒

Jusqu’ici, il ne s’agissait que d’une suggestion. Mais, en vrai malin que tu es (sinon tu n’en serais pas là !), celle-ci était accompagnée d’une carotte poussant les hôtes à faire une croix sur leurs revenus !

Pour faire simple, tu nous as clairement fait comprendre que les logements d’hôtes ayant pratiqué des remboursements intégraux, de leur propre chef, apparaitraient au devant des autres et seraient donc avantagés pour collecter de nouvelles réservations !

Autrement dit, si nous, les hôtes, acceptions ces annulations dans le cadre de nos conditions habituelles et contractualisées avec nos voyageurs en amont, sans proposer le remboursement intégral, nous serions tout simplement désavantagés, rétrogradés dans les résultats de recherche !

Pratique plus que limite, vue de ma fenêtre et de celles de nombreux hôtes !

Airbnb, ta seconde réaction face au COVID-19 🦠

Dès le 15 mars, et ce avant même toute annonce de confinement national, tu as décidé de modifier, puis de nous imposer à tous, ta politique sur les cas de force majeure. Celle-ci stipulant que tout voyageur ayant réservé avant le 14 mars 2020, un séjour comprenant au moins une nuit entre le 14 mars et le 14 avril, serait intégralement remboursé !

RIEN, tu ne nous laissais donc RIEN ! Oui, je sais, toi non plus, il ne te restait rien… Sauf que, ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre, sur 100 € payés par le voyageur, en dehors des taxes de séjour et frais de ménage (pour simplifier), 80 € vont à l’hôte, 17 € te reviennent au titre de la commission voyageur et 3 € au titre de la commission hôte (frais de service).

Quand ta perte est donc de 20 €, la nôtre est de 80 €. Celle du voyageur ? 0 € ! Mais j’y reviendrai plus loin.

Nous avons donc vu nos calendriers se vider petit à petit, des voyageurs qui avaient réservé parfois de longues périodes ont quitté le logement en plein milieu. TOUS ont annulé leur venue. Pendant au moins un mois, les calendriers sont vides, et c’est loin d’être fini…

Airbnb, faisons quelques calculs si tu veux bien 💶

Ta valorisation est estimée à plus de 30 milliards de dollars. Tu as levé plus de 4 milliards depuis ta naissance. A mon avis, tu devrais vite comprendre les modestes calculs qui vont suivre.

Un calcul simple et solidaire aurait pu mettre un peu de beurre dans les épinards des hôtes, tout en répondant favorablement à la demande des voyageurs. Je vais volontairement arrondir les chiffres et simplifier les calculs.

Admettons que je sois un hôte avec 4 logements. Que chacun d’entre eux génère 2 500 € de revenus mensuel grâce à 10 voyageurs. Chaque voyageur a donc engagé 250 € (ménage inclus (25 €) et hors frais de service (commissions)) pour son séjour chez nous.

Revenons à nos quatre logements. Nous sommes donc à 10 000 € de revenus mensuels pour 40 voyageurs, chacun engagé à hauteur de 250 €. Tu me suis ?

Sur ces 10 000 €, tu nous ponctionnes environ 3% (300 €) de frais de service et tu y ajoutes environ 17% (1 700 €) pour les mêmes raisons, payables par le voyageur.

Le voyageur est donc engagé à hauteur de 292,50 € (250 € + 17%) pour son séjour. Toi, Airbnb, tu gagnes 2 000 € (17% + 3%) et moi, l’hôte, je gagne 9 700 €.

Que se passe-t-il dans le cas actuel de force majeure que tu as adopté pour l’occasion ?

Le voyageur récupère 100% de son engagement, soit 292,50 €. Toi, Airbnb, tu t’assoies sur 2 000 € et moi, gentil hôte sur 9 700 € ! Tu commences à voir où je veux en venir ?

Résumé des pertes : 0 € (voyageur) / -2 000 € (Airbnb) / -9 700 € (hôte)

Que se passe-t-il si tu adoptes une politique plus solidaire envers tes hôtes ?

Option 1 : Tu assumes à toi seul 100% du remboursement, en bon samaritain. Ah ! Là, je vois bien que tu as du mal à avaler la pilule ! Bon ok, je te l’accorde, ça n’est pas très « juste », et c’est exactement le feeling actuel des hôtes…

Résumé des pertes : 0 € (voyageur) / -11 700 € (Airbnb) / 0 € (hôte)

Il y a tout de même plusieurs options qui nous auraient été moins préjudiciables, à nous les hôtes, sans pour autant qu’elles le soient pour toi !

Option 2 : Ne rembourser que les frais de ménages au voyageur, soit 25€ par réservation. Après tout, nous ne sommes ni toi, ni moi, plus responsables de tout ça que les voyageurs…

Et si ceux-là assumaient tout plutôt que nous ?!

Résumé des pertes : -267,50 € (voyageur) / 0 € (Airbnb) / -1 000 € (hôte)

Option 3 : T’en tenir aux conditions d’annulation contractuelles prévues par les hôtes et acceptées par les voyageurs lors de la réservation. Dans notre cas, cela aurait permis au voyageur de récupérer 50% des nuitées, ainsi que les frais de ménage (hors frais de service), à toi de conserver 100% de tes commissions et à nous de garder les 50% restants sur les nuitées.

Ce qui nous donne concrètement : 135 € remboursés au voyageur, 50 € de revenus pour toi Airbnb et 107,50 €, soit 4 300 € sur le mois pour moi, gentil hôte.

Résumé des pertes : -157,50 € (voyageur) / 0 € (Airbnb) / -5 400 € (hôte)

Option 4 : Faire un avoir au voyageur, valable dans tous les logements de l’hôte affecté. Tout simplement.

C’est certainement l’option la plus juste si tu souhaitais faire appliquer des conditions exceptionnelles, en dehors du cadre contractuel initial. Les calculs sont simples. Ici, personne ne perd d’argent.

Résumé des pertes : 0 € (voyageur) / 0 € (Airbnb) / 0 € (hôte)

Airbnb, résumons tout ça si tu veux bien 🏁

Mise à part la première option, dans laquelle toi seul perdrais de l’argent, les trois autres ne te sont JAMAIS préjudiciables. Les deux dernières quant à elle, semblent être les plus justes sur tous les plans. La troisième limitant les pertes de l’hôte à 56% et faisant assumer le reste à 40 voyageurs différents ayant, pour la plupart, les moyens de l’assumer sans mettre en péril leurs finances mensuelles ou leur emploi… La dernière option effaçant quant à elle toute notion de perte pour chacun !

Je t’entends déjà me dire que ce ne sont pas des pertes mais plutôt du manque à gagner, mais je ne peux être en accord avec ça. Ces réservations étaient déjà bel et bien là, les paiements sécurisés et les plannings remplis.

Tu n’es pas non plus sans savoir que la plupart des hôtes qui se reconnaissent dans mon exemple ont, en face de ces revenus, de grosses charges en matière de ménage, conciergerie, gestion du linge, électricité… et, surtout, des prêts immobiliers à rembourser chaque mois. En moyenne, en face des 9 700 €, l’hôte aura 4 200 € de crédits à rembourser et 3 500 € de charges, que je me ferais un plaisir de te détailler. Le reste pouvant parfois représenter la rémunération de l’hôte.

Airbnb, je te le dis entre quatre yeux, tu as clairement mis en danger bon nombre de tes hôtes en agissant de la sorte. Avec eux, de nombreux emplois gravitant autour de la sphère sont aussi en danger (femmes de ménages, conciergeries, blanchisseries…). Si demain tu n’as plus d’hôtes pour proposer leurs logements, que devient ton modèle économique ?

Alors…

Airbnb, je te le demande, pourquoi avoir choisi de faire porter le fardeaux à tes seuls hôtes, la fondation même, de ton business model ? Diluer le fardeaux n’aurait-il pas été plus « juste » pour tous ?

Des centaines de milliers d’hôtes et moi-même attendons ta réponse ! 🙏